dimanche, 07 décembre 2008
L'INDIGNATION
Tout honnête citoyen est indigné par les affaires d’enlèvements. Nous nous sentons tous vulnérables car nous sommes tous susceptibles d’être illégalement privés de notre liberté : enfants, adolescents, hommes et femmes. Quelle grande nouvelle lorsque l’on capture un, deux membres ou toute une bande de criminels, et qu’on les présente dans toute leur cruauté et dangerosité ! Nous, citoyens, nous sentons quelque peu soulagés, la société respire, au moins le moment que dure la dépêche.
Le 9 décembre 2005, tout le Mexique a pu prendre connaissance, au travers des 2 principaux groupes de télévision du pays, de l’arrestation en direct d’Israël Vallarta, présumé membre de la bande de ravisseurs « los Zodiacos ». A ses côtés, son accompagnatrice, la citoyenne française Florence Cassez, a subit le même sort, mais a curieusement bénéficié de la partie la plus médiatique du spectacle monté par « on ne sait qui », en clamant son innocence depuis le premier instant.
Dans les jours qui suivirent, on parla davantage de Florence, que de la bande en question ou du dénommé Vallarta, et plutôt que de présenter la détention de Florence comme une information, on l’inculpa directement.
Pourquoi a t-elle attaquée ainsi ? Pourquoi est t‘elle passée de simple accompagnatrice à actrice principale d’un fait si tangible ? Parce qu’elle est en réalité « une ravisseuse sanguinaire et diabolique », telle que l’ont qualifiée quelques médias nationaux et étrangers, sans aucune discrétion ni éthique ? D’autres médias, plus prudents et plus sérieux également, ont souligné le "show " en lui-même, ainsi que l’arbitraire et l’opportunisme avec lesquels l’affaire a été traitée.
A qui a profité le spectacle ?
Si Florence est coupable, ce sera aux autorités compétentes (qui supposément enquêtent et recherchent des preuves) de déterminer sa situation juridique et civile.
Personne, hormis l’autorité en question, avec toutes les preuves nécessaires, ne peut juger a priori. Et encore moins dans le cas de Florence, dont l’incarcération a été réalisée de manière arbitraire, et dont les garanties juridiques n’ont pas été entièrement respectées.
Si l’on s’en tient au principe de la présomption d’innocence, un juge ou un tribunal ne peuvent préjuger de la culpabilité de quelqu’un, si celle-ci n’a pas été prouvée. Le juge, comme le tribunal, doivent partir de la présomption d’innocence de l’accusé. L’article 11 alinéa 1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, stipule «Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.»
Selon le témoignage de Florence, l’AFI (Agence Fédérale d’Investigation) était déjà sur les traces d’Israel Vallarta, mais pas sur les siennes. Les agents lui avaient assuré au moment où ils ont été arrêtés sur la route, qu’elle n’avait rien à voir avec l’affaire, qu’ils poursuivaient Vallarta car ils enquêtaient sur lui depuis un certain temps, mais qu’elle n’avait rien à craindre.
Cependant, les agents l’ont arrêtée ce même jour, peu de temps après. Qui ou quoi leur a fait changer d’avis ? Pourquoi ont-ils finalement décidé que « oui, ils allaient également l’arrêter » ?
Par ailleurs, Florence a reçu des coups, des insultes et a été victime de harcèlement psychologique, comme elle a pu en témoigner; faits qui ont été tout à fait inutiles et qui devraient être examinés scrupuleusement par la justice, comme l’établit la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui attribue toutes les garanties individuelles à sa qualité de détenue.
Tout honnête citoyen est indigné par les affaires d’enlèvement. Nous nous sentons tous vulnérables car nous sommes tous susceptibles d’être illégalement privés de notre liberté. Mais tout honnête citoyen devrait être indigné également par des affaires comme celle de Florence, où des mains invisibles bougent les ficelles de la perception populaire, manipulent, blessent et ne révèlent que ce qui les arrangent.
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