« Ces trois semaines m'ont semblé trois mois. Le temps est de plus en plus long... » La jeune femme se languit au fond de la prison de Tepepan et hier soir, au téléphone, elle laissait paraître une forme de fatalisme : « Je ne risquais pas d'être déçue parce que je n'attendais rien. Voilà trois ans que c'est la même chose : on me dit qu'il y aura du nouveau à telle date, et puis à telle autre et cette fois, c'était aujourd'hui... Et toujours rien ! » Ses deux avocats font un peu le même constat d'impuissance : « Je ne sais rien de ce fameux groupe de travail, ni comment il se réunit, ni même à quelle fréquence ! » Frank Berton regrette également le silence de l'Élysée, qui ne répond plus à ses messages depuis quelques jours.
Côté mexicain, Agustin Acosta en est réduit à « essayer de deviner » qui peut bien représenter son pays dans ce groupe dont on suppose qu'il est toujours constitué de quatre personnes.
« Grugés »
Côté français, on sait que Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris, en est, ainsi semble-t-il que Daniel Parfait, l'ambassadeur de France à Mexico.
Pour les Mexicains, Patricia Espinosa, ministre des Affaires étrangères, a laissé entendre qu'elle avait participé à ces travaux, que la décision était prise, désormais, et qu'elle serait communiquée dans les prochains jours. « J'aurais préféré apprendre que cette décision était reportée », dit Me Acosta. « En ce moment, c'est encore très difficile, ici. La vague médiatique qui a gonflé au moment de la visite de M. Sarkozy se calme à peine. Vraiment, cela a été très étonnant : spontané et violent, comme on ne l'attendait pas. On dit communément ici que M. Sarkozy a plongé dans un nid d'abeilles... » Et manifestement, celles-ci sont encore bien énervées. En fin de semaine dernière, le Sénat a adopté une motion demandant au président Felipe Calderon de ne pas accéder à la demande d'extradition de Florence Cassez. « Et c'est une très mauvaise nouvelle. Le Sénat est très influent, ici.
» Pourtant, Agustin Acosta ne veut pas tirer de conclusions hâtives : « On entend parfois des sons de cloche un peu nouveaux. Comme cette tribune publiée la semaine dernière par Jorge Castaneda, ancien ministre des Affaires étrangères, qui estime que le Mexique doit respecter l'engagement qu'il a pris en signant la Convention de Strasbourg. » Mais voilà : en complément de cette même Convention de Strasbourg, la France s'est réservé le droit d'aménager la peine, voire de gracier un ressortissant condamné à l'étranger et transféré. C'est ce que les Mexicains - qui savent lire - ne supportent pas et cherchent à éviter. « L'effet serait catastrophique pour le pouvoir en place. L'impression serait que le président Calderon et le ministre de l'Intérieur Genaro Garcia Luna, qui en a fait une affaire personnelle, ont été grugés par la France. Cela leur est d'autant plus insupportable que les élections législatives se tiendront au mois de juillet...
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