2006, 2007, et 2008, qui s'achève ce soir. Florence Cassez boucle la troisième année pleine de sa jeune vie à Tepepan, dans cet endroit sinistre et cyniquement appelé « centre de réadaptation sociale ». Contre toute logique, contre les principes mêmes de sa propre Constitution, la justice mexicaine l'a condamnée à cette peine hallucinante de quatre-vingt-seize années de prison. Deux jours plus tôt, un magistrat conseillait encore à son frère de lui retenir une place dans l'avion du retour, tant il avait confiance. Depuis, bien sûr, il ne faut plus lui en promettre.
Pourtant, il faut continuer d'y croire. Garder l'espoir d'une année enfin meilleure et s'accrocher à la perspective d'une décision en appel qui fasse cette fois honneur à la justice - cet autre mot que Florence Cassez ne sait plus dire.
Pendant que sa maman a une nouvelle fois pris l'avion pour passer cette fin d'année à son côté, Frank Berton, son avocat, peaufine la plaidoirie qu'il ira livrer dans quelques jours à un juge qui n'était même pas obligé de le recevoir. Un juge qui ne travaille que sur le papier de ce dossier bancal, dans le secret de son bureau, pour se faire une idée et rendre sa décision seul.
S'il a accepté de recevoir l'avocat français, c'est tout de même qu'il a au moins un doute. Voilà ce que se dit Florence. Depuis le mois de juin et la visite de Me Berton à Mexico, tout de suite après l'annonce de sa condamnation, l'opinion du public a évolué, là-bas, au sujet de la jeune Française qu'on disait diabolique. On commence à croire qu'elle n'a peut-être rien à voir avec les enlèvements qu'on lui reproche, pas le moindre lien avec une « bande du Zodiaque » que la police n'a toujours pas identifiée, rien de commun avec cet Israel Vallarta qui l'avait séduite et dont elle sait aujourd'hui qu'il l'a surtout trahie.
En France, des hommes de conviction ont pris fait et cause pour elle. En créant un vrai mouvement de solidarité, en plaidant sa cause au plus haut niveau de l'État. Et voilà que des diplomates s'intéressent à elle, que les deux pays évoquent son cas.
Le juge qui recevra Frank Berton lundi ou mardi prochain ne peut plus ignorer ce qu'elle a hurlé dans le vide si longtemps. Il doit se pencher sur les aberrations de son dossier, là où une autre juge, en première instance aurait, dit-on, rendu une décision trop rapide, mal informée parce qu'elle était débordée.
Les lettres et les colis qui arrivent chaque jour à Florence Cassez l'aident à tenir, dit-elle. Elle se raccroche à cette solidarité. Un député suggère même, pour la nouvelle année, de lui envoyer 2009 cartes de voeux. Pour lui souhaiter qu'elle n'ait plus que quelques semaines à attendre. •
> leblog.liberezflorencecassez.com
LA VOIX DU NORD - 31 12 08

ELLE. Comment tenez-vous le coup dans cet univers carcéral ?

Au téléphone, parfois, on cherche avec quels mots on pourrait encore lui dire qu'il ne faut pas désespérer ; qu'il faut y croire encore et ne pas se laisser aller au désespoir qui guette. Elle en a tellement entendu ! Et puis les mots, maintenant, ne lui font plus rien. Elle n'en a qu'un en tête, depuis trois ans qu'elle crie son innocence du fond d'une prison mexicaine : liberté.
Dans
LA VOIX DU NORD : « Je ne crois plus en rien... Je ne sais plus... Je ne peux même plus avoir confiance... » Du fond de la prison de Tepepan, la voix de Florence Cassez se brise, par moments, au téléphone. Après avoir appris en mai que la justice mexicaine la condamnait à 96 ans de prison pour des enlèvements qu'elle nie farouchement, elle attend la décision du juge d'appel.
Soutien parlementaire
